Signes précoces et diagnostic de la myopathie de Duchenne
Un diagnostic précis de la myopathie de Duchenne le plus tôt possible représente un aspect crucial des soins. Le processus de diagnostic est généralement initié dès la petite enfance à la suite de signes et symptômes évocateurs de la myopathie de Duchenne tels qu’une faiblesse musculaire, une maladresse motrice, une capacité réduite à monter les escaliers ou à marcher sur la pointe des pieds ainsi que la présence d’un signe de Gowers, caractérisé par une manière typique de se relever du sol, l’enfant prenant appui sur ses cuisses pour redresser son tronc. Afin d’éviter tout retard diagnostique, il est recommandé d’orienter rapidement le patient vers un spécialiste des maladies neuromusculaires, avec l’aide d’un généticien.1
-
Signes moteurs précoces
Les antécédents familiaux de myopathie de Duchenne et tout soupçon de fonction motrice anormale, ou de symptômes de faiblesse musculaire chez un garçon sans antécédents familiaux de myopathie de Duchenne, nécessitent des investigations plus poussées. Les signes et symptômes précoces les plus fréquemment observés chez les patients atteints de myopathie de Duchenne sont une démarche anormale, une incapacité à sauter, une pseudo-hypertrophie des mollets, une diminution de l’endurance, des difficultés à monter les escaliers, une hypotonie, une tendance à marcher sur la pointe des pieds et une perte de motricité.1
-
Signes cognitifs précoces
Les troubles et déficits cognitifs sont désormais reconnus comme des caractéristiques de la myopathie de Duchenne, le retard global du développement ou du langage indiquant souvent un signe précoce de la maladie. La perte de la fonction motrice est en particulier fortement associée à un retard cognitif. Il est donc recommandé d’envisager un diagnostic de myopathie de Duchenne dans le cadre du diagnostic différentiel d’un retard global du développement.2 L’évaluation standard en cas de retard global du développement comprend un dosage sensible de la créatine kinase sérique (CK).2-4
-
Concentration des enzymes sériques
La créatine kinase sérique (CK) doit être mesurée chez les garçons présentant des symptômes de myopathie de Duchenne ou un retard global du développement, les taux de CK étant généralement très élevés dès la naissance chez les patients atteints de myopathie de Duchenne.5 Les patients atteints de myopathie de Duchenne dépassent souvent la limite maximale des taux de CK de 10 à 20 fois avant l’âge de deux ans.6 La CKèmie se situe toujours entre 5 000UI/l et 10 000 UI/l parfois plus. Le dosage de la lactate déshydrogénase (LDH) et de l’aldolase est inutile. Le bilan retrouve aussi les stigmates de la maladie : transaminases élevées, créatininémie basse.7
Les symptômes typiques de la myopathie de Duchenne combinés à des taux élevés de CK sont très évocateurs de la myopathie de Duchenne, c’est pourquoi un test génétique est recommandé.5,7
-
Biopsie
Hormis dans les cas familiaux, la biopsie musculaire doit être réalisée en première intention.Son analyse permettra d’identifier la protéine déficitaire et de la quantifier, orientant les tests génétiques ultérieurs.7
-
Tests génétiques
Pour confirmer le diagnostic de myopathie de Duchenne, il convient d’effectuer un test génétique afin de détecter toute mutation du gène DMD. Le gène DMD (OMIM*300377) est l’un des plus grands gènes humains connus à ce jour. Il est localisé sur le bras court du chromosome X (Xp21.2-p21.1). Les mutations impliquées dans la myopathie de Duchenne sont particulièrement variées.
La recherche de délétions ou de duplications à un ou plusieurs exons dans le gène DMD constitue le premier test de confirmation, 70 % des personnes atteintes de myopathie de Duchenne étant porteuses de ces mutations spécifiques. Dans les cas où ces mutations ne sont pas identifiées dans le gène DMD, un séquençage génétique doit être effectué pour rechercher les autres types de mutations associés à la myopathie de Duchenne (environ 25 à 30 %).1 L’identification de la mutation causale permet de confirmer le diagnostic et de délivrer un conseil génétique adapté dans la famille.7
Références
- Birnkrant DJ, Bushby K, Bann CM, et al. Diagnosis and management of Duchenne muscular dystrophy, part 1: diagnosis, and neuromuscular, rehabilitation, endocrine, and gastrointestinal and nutritional management. Lancet Neurol. 2018;17(3):251-67.
- D’Alessandro R, Ragusa N, Vacchetti M, et al. Assessing Cognitive Function in Neuromuscular Diseases: A Pilot Study in a Sample of Children and Adolescents. J Clin Med. 2021;10(20):4777.
- Vaillend C, Aoki Y, Mercuri E, et al. Duchenne muscular dystrophy: recent insights in brain related comorbidities. Nat Commun. 2025;16(1):1298.
- Mirski KT, Crawford TO. Motor and cognitive delay in Duchenne muscular dystrophy: implication for early diagnosis. J Pediatr. 2014;165(5):1008-1010.
- National Task Force for Early Identification of Childhood Neuromuscular Disorders. Guide for primary care providers. Disponible ici : https://childmuscleweakness.org/wp-content/uploads/2019/05/PrimaryCareProviderPacket.pdf.
- de Freitas Nakata KC, da Silva Pereira PP, Salgado Riveros B. Creatine kinase test diagnostic accuracy in neonatal screening for Duchenne Muscular Dystrophy: A systematic review. Clin Biochem. 2021;98:1-9.
- Protocole National de Diagnostic et de Soins (PNDS) 2019 – Dystrophie musculaire de Duchenne.